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Mémoire, Documentation et Archives de Laghouat

A travers ces pages, vous allez découvrir Laghouat, la porte du désert, une cité saharienne de l'Algérie, une ville du Xe siècle dont le nom a une origine plus ancienne encore. Ceci est un blog où je me contente de commenter des événements, illustrer des faits, partager des documents pour l'histoire dans le but d'aider en documentation nos chercheurs dans leur travaux académiques.

Quelques détails historiques sur les fortifications de Laghouat jusqu'en 1852

Publié le 14 Janvier 2017 par Bachir Rouighi in Histoire

Depuis la visite du voyageur-pèlerin Abdallah ben Mohammed El-Ayachi en 1662, on sait que Laghouat était une immense et florissante oasis et une ville entourée de murailles. Ce qui revient à dire que c'était un grand ksar ou un regroupement de ksours et là je préfère garder cette terminologie qui désigne les villes sahariennes.

Porte du désert, c'était une cité convoitée. Plusieurs fois assiégée, elle est restée une cité autonome et résistait à toutes les campagnes jusqu'à sa prise par les colonnes conquérantes françaises en 1852. C'est ce qu' a constaté Marey monge en 1844 " Les Ksars qui bordent le Grand-Désert sont de petites républiques, qui font un grand commerce, cultivent leur terrain, sont liés à tous les événements politiques du pays, y exercent une grande influence, et font très-souvent la guerre. Leur population est brave, sobre, intelligente, très-active. Leur histoire offre les mêmes vicissitudes intérieures et les mêmes rivalités entre elles que celle des républiques italiennes dans le Moyen-Age " (Expédition de Laghouat, dirigée aux mois de mai, juin 1844. par le Général Marey, Commandant la subdivision du Tittery, imprimerie de A. Bourget, Alger, 1846)

Aussi, son système de défense était formé d'une citadelle (Casbah du Khalifa, des remparts, des tours et des portes et d'autres moindres fortifications. L'histoire de ses fortifications a connu deux phases : une pré-coloniale et une autre coloniale. Je me contenterai ici, de parler de l'enceinte de Laghouat avant sa conquête en 1852.

D'après la légende de la fondation de Laghouat vers 1700, le marabout Sidi el hadj aissa ben brahim aurait fortifié la ville après avoir appelé tous les ksouriens dispersés dans l'oasis, à habiter les hauteurs de l'oasis. Mais, déjà en 1662 et bien avant que Sidi el hadj aissa arriva à Laghouat, El-Ayachi parlait d'une muraille qui entourait la ville.

A sa prise Laghouat était fortifiée et bien défendue par des murailles. Cler nous en donne une information détaillée sur ses murs - Laghouat, à l'époque où le général Pélissier arriva sous ses murs, avait 2,000 mètres de longueur; elle contenait 700 maisons - Ce que remarqua aussi Saint Arnaud en écrivant l'une de ses lettres adressée à Monsieur Leroy de Saint Arnaud, avocat à Paris, envoyée depuis Laghouat le 27 mai 1844 lui disant que " Laghouat est fort grand. EN comptant l'enceinte des jardins, il y a environ un lieu à deux lieu de tour. La ville sépare les jardins en deux, et est elle même par un rocher sur le haut duquel est bâtie la Casbah. Du haut de cette Casbah la vue est admirable : à l'est et à l'ouest le désert, derrière, les contours de la rivière; au nord et au sud les deux parties de la ville avec ses hautes murailles grises sans ouvertures que des portes de trois pieds de haut..." (Lettres du Maréchal de Saint Arnaud, 1832-1854, deuxième édition, tome premier, Michel Lévy frères éditeurs, Paris, 1858, p 530 ).

Le lieutenant-colonel Daumas, nous apprends aussi que la ville de Laghouat, abritait, à l'intérieur de ses remparts, sept cent à huit cent maisons et qu' - elle est entourée d'une enceinte rectangulaire, crénelée et défendue par deux tours élevées sur les points culminants, et auxquelles viennent se rattacher les murailles - (Daumas, le Sahara algérien, 1845 p 17). Cette information sur les tours est confirméepar Marey monge qui disait dans son rapport que : " Les fortifications consistent en deux fortes tours bâties sur les points culminants de la crête, et auxquelles se rattachent les murailles " (idem. pp 32-33).

Revenant au lieutenant-colonel Cler qui a apprécié le système de défense aux jardins de l'oasis. En effet, en bas des fortifications, il y avait des murs dans les jardins aussi -Au nord et au sud s'étendaient des jardins formant comme les ouvrages avancés du système de défense, système excellent du reste, car les jardins, coupés en tous sens par des murs de clôture élevés et nombreux, empêchent absolument d'approcher delà ville-

Concernant le nombre de tours, Le capitaine Gruard avança au Général Pélissier pendant le siège de Laghouat que -la ville était fortifiée, qu'elle était entourée d'une chemisette en briques et renforcée par huit tours faisant office de bastions- Par contre, les tours identifiées sont en nombre de quatre dont deux principales, celle de l'ouest " Bordj El-gharbi " et celle de l'est " Bordj Abdallah ", les deux autres se trouvaient sur la même ligne que la tour de l'ouest de par et d'autre et certainement près des portes Nouader et Chettit. Pour le reste, je pense qu'il s'agit que de maisons-remparts prises pour des tours. (Charles Du Barail, mes souvenrs, tome 2, 12éme èdition, 1898, p 34)

Dans sa lettre adressée au gouverneur général à Alger, le général Pélissier expliquait l'assaut du côté ouest de Laghouat précisant qu' -à sept heures, il avait donné l'ordre d'ouvrir le feu et de détruire les trois tours et les courtines qu'il fallait renverser pour entrer dans la ville- (idem p 42). Ces trois tours sont celles de Bordj El-gahrbi, et celles se trouvant au dessus de Bab nouader et bab Chettit, la courtine reliait les trois. Jean Mélia, lui confirme l'existance de cette courtine reliant la tour de Bab nouader et celle du Bord El-gharbi -Le zgag Nouader se terminait à la Bab Nouader, ou porte de l'Aire, défendue par une tour qui se trouvait vers le haut de la rue Morand de nos jours. Cette tour faisait pendant avec la tour de l'ouest...-

En 1853, Eugène Fromentin nous éclaire sur ces fortifications, dans son livre un été dans le sahara. Concernant la porte Bab Chergui ou Bab el-barani, comme Bab nouader, était intégrée dans la tour Abdallah -Quant à la porte, qui n'a pas été canon née, elle conserve ses lourds battants raccommodés avec du fer, son immense serrure de bois et ses arcs-boutants en troncs de palmiers. Elle est pratiquée dans l'épaisseur d'une tour massive et percée de meurtrières-. Il nous informe aussi sur Dar Eççafah, la citadelle ou la Casbah et le mur de séparation entre les deux quartiers de la ville celui des Ahlafs et des Oulad Serghin : -Le Dàr-Sfah partage la ville en deux parties à peu près égales, et sépare, ou plutôt commande à la fois deux quartiers jadis ennemis : à l'est, les Hallaf; à l'ouest, les Ouled-Serrin; ces deux quartiers qui ont eu chacun ses chefs, son gouvernement, ses intérêts à part, n'ont cessé de se battre que le jour où le Dar-Sfah les a réunis sous l'autorité d'un pouvoir central. Le mur de séparation existe encore, ainsi qu'une porte, de tournure égyptienne, qui s'ouvrait ou se fermait, suivant l'état de paix ou de guerre où vivaient ces deux petites républiques jalouses et toujours prêtes à se fusiller par-dessus leur mur mitoyen-.

En 1854, Mac Carthey, dans Almanach de l'Algérie affirmait qu'à Laghouat -c'est bien comme dans nos cités du moyen-âge, ce périmètre plein de caprices et d'irrégularités, formé ici de l'arrière mur des habitations, plus loin d'une muraille construite exprès pour la défense, ce sont bien encore ces rues sinueuses et étroites, avec de hautes murailles, percées non de croisées mais de meurtrières- ce qui signifie qu'il y avait de hauts remparts pour la défense de la ville munies de meurtrières.

Enfin, en 1905 le docteur Huguet nous résume toutes ces données dans son atricle " le pays de Laghouat " édité en 1905 in revue de l'école d'anthropologie de Paris -Quatre portes ménagées dans les murs, au bas de l'escarpement des mamelons, donnaient accès dans Laghouat. Une enceinte rectangulaire l'entourait, formée par un mur de 4 mètres de haut, construit en briques sèches, crénelé et percé de meurtrières (...)
« Les deux sommets extrêmes étaient couronnés par deux tours carrées de 8 à 10 mètres,(...) Sur l'éminence intermédiaire s'élevait une vaste construction de maçonnerie blanche, comprenant 4 corps de bâtiments rectangulaires à 2 étages sans aucune fenêtre extérieure et appelée Dàr Sfah (la maison des roches). C'était la Casbah de Ben Salem (...) Un mur (qui existera trente ans plus tard encore en partie) séparait les deux quartiers. Chacun d'eux avait son marché et sa mosquée. Au nord et au sud s'étendaient les jardins occupant plus de 1000 hectares, formant comme les ouvrages avancés d'un système de défense excellent d'ailleurs, car ces jardins, coupés en tous sens par des murs de clôture élevés et fort nombreux, rendaient extrêmement difficiles les abords de la ville. (Capitaine Mangin.)

Je vous laisse apprécier cette modeste publication et reste à votre écoute pour tout commentaire.

Source des images : internet notamment le site delcampe, musée du Moudjahid de Laghouat, Gallica Bnf.

Vue sur les tours de Laghouat 1844-1852
Vue sur les tours de Laghouat 1844-1852
Vue sur les tours de Laghouat 1844-1852
Vue sur les tours de Laghouat 1844-1852

Vue sur les tours de Laghouat 1844-1852

Une ancienne fortification (bastion) de Laghouat.

Une ancienne fortification (bastion) de Laghouat.

Commenter cet article

Ahmida Mimouni 14/01/2017 21:03

C'est vrai Si Hadj que Bachir fait un travail remarquable de recherche et de défriche; mais il faut constater que beaucoup de chercheurs n'aiment que "dhbîhet ideyhoum" et ce n'est pas particulier à Laghouat ni à l'Algérie. Espérons que cet écueil sera dépassé.

MOHAMED HADJ AISSA 14/01/2017 15:20

Tu mérites toute notre admiration et toute notre considération pour le fabuleux travail de recherche que tu mènes depuis plusieurs années . On pourrait ,peut-être ,organiser une petite rencontre entre toutes les chercheurs sur l'histoire de Laghouat . Cela ne pourra qu’être bénéfique et utile pour une meilleure connaissance de la ville , cela nos permettra d'échanger entre nous et faire progresser la recherche . Qu'en pense si Bachir ?

Bachir Rouighi 14/01/2017 15:35

Tu sais Si Mohammed nos blogs sont surtout élogieux mais nous aimerions que nos chercheurs puisent dans cette histoire locale qui propose de multiples sujets. Toute cette période pré-coloniale est à élucider. Pour l'occasion, j'ai le plaisir de t'informer et à travers toi tous nos amis du blog sidielhadjaissa, qu'un séminaire sur l'histoire de Laghouat d'après les documents se tiendra à l'université Amar TELIDJI au mois de février prochain.