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Mémoire, Documentation et Archives de Laghouat

A travers ces pages, vous allez découvrir Laghouat, la porte du désert, une cité saharienne de l'Algérie, une ville du Xe siècle dont le nom a une origine plus ancienne encore. Ceci est un blog où je me contente de commenter des événements, illustrer des faits, partager des documents pour l'histoire dans le but d'aider en documentation nos chercheurs dans leur travaux académiques.

Aperçu sur le pouvoir et la chefferie locale à Laghouat

Publié le 27 Janvier 2017 par Bachir Rouighi in Histoire

Aperçu sur le pouvoir et la chefferie locale à Laghouat

Laghouat, longtemps décrite et appréciée pour ses oasis, ses beaux jardins, ses ksours élevées sur des pitons..., avait aussi une organisation, des institutions, des çoffs...etc. En somme, Laghouat était une ville fortifiée et organisée. Elle tirerait cette organisation des us et coutumes de la gestion de la chose publique, pratiquées par les berbères et ancrés par les romains en Afrique du nord. 

De ce fait, il est libre d'affirmer que la municipalité existait en Afrique du nord et dans le Sahara bien avant l'arrivée des romains, les concepteurs de la chose publique. En effet, les berbères avaient connus la société organisée et la vie commune dans leurs villes ou villages fortifiés, parmi lesquels, les ksours sahariens.

Sur ce sujet, la sociologue Odette Petit nous affirme que dans une oasis saharienne -le petit corps politique est exclusivement municipal ; il n'y a de vie commune que dans la même enceinte de murailles. L’élément autonome est le village- et -la seule institution organisé est la Djemaa-, Ce qui me pousse à dire que le ksar ou l'oasis était muni d'un organe politique équivalent au sénat de Rome ou de Carthage. Pour ce qui est du pouvoir et du commandement, il est entre les mains d’une chefferie locale; et c’est le cas pour Laghouat, où le cheikh ou bien les cheikhs de chaque çoff exécutait les décisions de la Djemaa. Ces chouyoukhs détenaient les prérogatives des suffètes carthaginois ou Consuls romains.

Certaines cités sahariennes comme Ouargla et Touggourt avaient été organisées en Sultanat. Autrement dit, elles ont connu un gouvernement plus développé. Aux Zibans (pays de Biskra), deux grandes familles se disputaient le pouvoir et le titre héréditaire de « Cheikh El-arab », Les Bengana et les Bouakkaz. Toutefois, ces pouvoirs portaient allégeance aux beys et à la régence d’Alger. C’était, une sorte de force qui sauvegardait la paix dans les pays lointains de la régence et lui garantissait la perception de l’impôt. Ils levaient les colonnes appelées mhallas nécessaires au maintien de l’ordre et la récupération de la lezma.

Revenant à Laghouat, celle-ci était composée de deux çoffs : Ahlafs et Oulad Serghin. Chacun avait son cheikh et sa Djemaa. Le çoff est le parti, c’est-à-dire la communauté politique où se retrouvent les mêmes intérêts à défendre dans une municipalité à l’image du ksar saharien. C’est aussi tout un système d’alliances avec des tribus qui se rangeaient aux côtés de tel ou tel çoff, mais aussi ces çoffs basculaient la suzeraineté du côté de tel ou tel pouvoir suprême et dominant, ce qui créait une instabilité du pouvoir, une dépendance et une suprématie des protecteurs. Ce système administratif est le protectorat.

Limitons nous sur l’histoire du pouvoir à Laghouat pour dire que ce pouvoir de la ville, longtemps disputé entre les deux partis, fut unifié à partir de 1828. Une fois entre les mains du Cheikh des Ahlafs , Si Ahmed ben Salem ben Maamar ben Zaanoun, le pouvoir est détenu par le Cheikh de Laghouat ou mokkadem de Laghouat comme le précise certaines sources vis-à-vis de la confrérie Tidjania, sans nul doute.

Une petite analyse des péripéties de l’histoire administrative de la ville de Laghouat depuis sa fondation est nécessaire pour comprendre l’importance de ce pouvoir unifié dans l’histoire de Laghouat.

En effet, depuis sa fondation comme ville fortifiée vers 1700, Laghouat n’a pu être commandée par un seul pouvoir. Malgré les murailles et le pouvoir spirituel de Sidi el Hadj Aissa et son ascendant, le pouvoir temporel est resté lié aux dissensions séculaires des Ahlafs et Ouled Serghin, dont les familles influentes et les chefs s’alliaient avec l’un ou l’autre des pouvoirs forts de la région. Les faits ne manquent pas pour illustrer cette histoire de discorde entre les chefferies locales. Sur ce point je vous laisse lire ce que dit le docteur Huguet à propose de la lutte des çoffs, dans cet extrait de son article qui retrace toute l’histoire du pouvoir à Laghouat, à partir de 1700 jusqu’à l’avènement de Si Ahmed ben Salem El-Zannouni « en 1708 le sultan marocain Mouley Ismaël, qui parcourait le Sahara, vint camper à l'Ouest de la ville qui lui paya tribut. A cette époque, Laghouat était divisée en deux partis : d'un côté les Oulad Serghin comprenant les Djeghâmis, fraction des Ksal; les Beddara, les oulad Sekedal, fraction des Oulad Zid, les Felidjàt venus de Tunis ; de l'autre les H'alaf (Confédérés) composés des Oulad Sàlem venus du Gourara, des Oulad Kherig du Ferdjioua (Constantine), des Meghâreba de Figuig. A des jours fixés, ils se livraient des batailles dans les jardins de l'oasis. »

« Tandis que le quartier des H'alaf était longé parla prise d'eau, celui des oulad Serghin ne pouvant être ravitaillé, était dans de très mauvaises conditions pour pouvoir recueillir l'eau nécessaire à l'arrosage des jardins. L'unique objectif était pour tous la prise de possession de la dérivation de l'Ouest Mzi; les quartiers des H'alaf et des Serghin formaient pour ainsi dire deux villes ayant chacune leur marché, et s'administrant chacune par une Djemàa.

Continuellement en discussion, saus cesse aux prises, les deux quartiers ne cessaient de se battre que lorsque l'un d'eux épuisé se résignait à subir la suprématie de l'autre; le parti vaincu se soumettait alors aux conditions imposées par le vainqueur jusqu'à ce qu'il eût repris l'espoir d'avoir 1« dessus dans une nouvelle lutte. Les H'alaf comptaient dans leur sein une famille importante et vénérée, originaire des Gourara, qui avait pour chef, vers la fin du xyii" siècle, le nommé Zaanoun ben Nin. Cet homme fut placé à la tête de la Djemda des H'alaf, qui lui laissa un pouvoir à peu près absolu; en 1730 l'empereur du Maroc lui donna même un cachet.

A peu près à la même époque, un Marabout de Tlemcen, dont la mère était fille de Si El Hadj bou Hafs, des Oulad Sidi Cheikh, vint se fixer à Laghouat dans le quartier des Oulad Serghin. Son infiuence était considérable dans tout le pays et Si El Hadj Aïssa, malgré son caractère bouillant et emporté, était consulté par tous dans les affaires importantes.

A partir de ce moment, au\ motifs anciens de querelles qui existaient entre les H'alaf et les Oulad Serghin, vinrent donc se joindre les questions personnelles de compétition, de pouvoir et d'influence des Oulad Zahnoun et de Si El Aadj Aïssa. Ces querelles sanglantes exigèrent plusieurs fois l'intervention des beys turcs.

En 1797, le Bey Mohammed El Kébir d'Oran, après un échec subi par le Bey Mustapha de Médéa, vint s'emparer de Laghouat et des Ksourde l'Oued Mzi qui avaient refusé depuis quelques années le versement de l'impôt annuel de 700 réaux dont le paiement avait été consenti par eux au gouvernement turc depuis 1727.

Contraints par la force, les habitants durent consentir à acquitter à la fois l'indemnité de guerre et un impôt annuel. L'autorité fut partagée entre deux Cheikhs : l'un Ah'med Lakhdar, serviteur dEl Hadj Aïssa, pour les Oulad Sorgtiin; l'autre, Saïh ben Zahnoun pour les H'alaf. On comprend que cette disposition favorisa les guerres civiles qui reprirent de plus belle.

Le bey ayant dû revenir en 1798 prit parti pour les H'alaf et détruisit le quartier des Oulad Serghin qui se réfugièrent à Tadjmout. Mais six mois après le départ du bey, les Oulad Serghin, à la faveur d'une surprise de nuit, se réinstallèrent dans leur quartier. La guerre continua ainsi pendant quatre ans entre les deux partis avec des alternatives de succès et de défaites pour les deux soffs qui s'adressèrent chacun au gouvernement turc pour obtenir son appui. Le bey Osman gagné par les Oulad Serghin vint donc en 1803 combattre les H'alaf qu'il expulsa de Laghouat. Mais, à son départ, ces derniers revinrent occuper leur quartier dans lequel ils se fortifièrent.

De plus, Saïh ben Zahnoun et son frère Mammar, afin de gêner les gens d'El Assalia qui avaient pris parti pour les Oulad Serghin, fortifièrent le Ksar d'El Hiran qu'ils peuplèrent de leurs partisans. Cependant, peu après, Saïh et Mammar furent tués, et leurs petits-enfants se réfugièrent à Fei pour éviter le même sort. Saïh n'avait pas de fils; Mammar n'avait eu qu'un fils nommé Salera qui était mort avant son père.

Les deux fils de Salem, Ahmed et Yahia, restèrent quelques années en exil, puis ils furent rappelés par leur parti qui subissait péniblement le pouvoir des Oulad Serghin dirigé par Ahmed Lakhdar. Ahmed ben Salem, dont l'esprit politique commençait déjà à apparaître, fit demander et obtint en mariage la fille d'Ahmed Lakhdar, lequel à la suite de cette alliance permit le retour d'Ahmed et Yahia à Laghouat, mais à la condition qu'Ahmed n'exercerait pas seul le commandement des H'Alaf et qu'il aurait deux conseillers nommés par Ahmed Lakhdar.

A peine arrivé au pouvoir, Ahmed Ben Salem se débarrassait de ses deux conseillers; Ahmed Lakhdar mourait assassiné, dit-on, d'après les ordres d'Ahmed ben Salem qui prit avec ses adhérents la suprématie sur les deux quartiers de Laghouat (1828). Grâce à l'habileté politique d'Ahmed ben Salem, les deux partis n'ayant plus que lui pour chel' parurent oublier leurs anciennes querelles. Ahmed ben Salem gouverna Laghouat sans opposition et commanda à tous les Ksour environnants. Du reste, il donna à Laghouat une prospérité inconnue avant lui. Les caravanes du Sud revinrent s'y approvisionner et y échanger leurs produits; les nomades y déposèrent leurs grains » (HUGUET (J. Dr). Les soffs du Tell et du Sahara, revue de l’Ecole d'Anthropologie., nov. 1907, pp 374, 375 et 376)

Je reviens à notre cheikh Ahmed ben Salem donc, maintenant que vous avez pris connaissance des circonstances de son avènement au pouvoir de Laghouat, pour constater que ce fait historique est tout à fait notoire pour l’étude du pouvoir politique et administratif dans une cité saharienne. C’est à partir de 1828 que commencent les prémices d’un pouvoir unique avec une organisation solide où selon le lieutenant Mangin « L’autorité entre les mains d’un seul fut un heureux événement pour Laghouat, et malgré une certaine inimitié qui subsista entre les deux parties, le calme et la paix régnèrent dans la ville. Les caravanes arrivèrent en grand nombre, apportant les produits du Sud en échange des denrées venues du Tell. Les Arabes nomades vinrent de tous côtés déposer leurs grains chez les Beni-Laghouat, et, pendant plusieurs années, Ahmed-ben-Salem réussit à maintenir une paix profitable et à faire respecter son autorité ». Jusqu’au jour malheureux où le cheikh Bensalem, sa ville et son guide spirituel Tidjani se trouvaient confronté de nouveau à une lutte de pouvoir. C’était au moment de la consolidation du nouvel Etat algérien, celui de l’Emir Abdelkader, crée à la suite de l’effondrement de la régence d’Alger et du pouvoir ottoman. Avec cet évènement, la lutte des çoffs était de retour et l’ancien çoff des Serghine prenait le pouvoir en 1837, représenté par le Marabout Si Larbi ben Bouhafs ben Boumediène ben Sidi el Hadj Aissa, et par cette allégeance à l’Emir Abdelkader, ce dernier consolidera son pouvoir dans le Sahara, créant ainsi le Khalifalik du Sahara sous la direction de Hadj Larbi ben Bouhafs et ayant Laghouat comme capitale.

Ceci ne durera pas longtemps, et Ahmed Ben salem revient au pouvoir en 1839, mais l’espoir de voir naître un grand cheikhat de Laghouat est de plus en plus menacé. Ahmed ben Salem tentera une dernière opportunité pour assurer la souveraineté de Laghouat est ses dépendances, cette fois-ci avec les français conquérants du nord du pays et probablement des nouveaux protecteurs. En 1844, Ahmed ben Salem est proclamé Khalifa de Laghouat et ses dépendances suite au traité avec le Général Marey monge, chef de la subdivision de Médéa. Nommé officiellement Khalifa de Laghouat au nom du roi français par ordonnance royale du 16 août 1844, son Khalifalik est organisé le 27 mai 1846 en trois Aghaliks commandés par trois Aghas : Yahia ben Maamar ben Zaanoun pour l’Aghalik des Ksours du sud ; Ben nacer ben Chohra, pour l’Aghalik des Larbaa ; Messaoud pour l’Aghalik du Djebel Amour. Messaoud remplaça l’Agha Djelloul ben Eddine, mais fut destitué par Bugeaud le 2 mai 1847 et remplacé par l’Agha Djelloul qui ne dépendra plus du Khalifalik de Laghouat depuis cette date.

A mon avis, le livre de Mangin sur l’histoire de Laghouat est plus plausible pour raconter cet épisode crucial de l’histoire du khalifalik de Laghouat, mais aussi le rang et le rôle de Si Ahmed ben Salem dans l’édification d’un khalifalik, dans une période de tension accrue ! Je vous laisse lire ce témoignage historique du lieutenant Mangin sur le Khalifa Ahmed ben Salem. « Malheureusement, ces excellents conseils ne tardèrent pas à être oubliés, et de grands malheurs fondirent sur les Beni-Laghouat » Toute l’histoire de son maintien au pouvoir et son combat pour son édification est relaté par le lieutenant Mangin dans ses notes sur l’histoire de Laghouat, dont voici ci-joint un extrait du volume 38 et 39 de la revue africaine qui traite de cette période de 1844 à 1852.

Cet extrait se termine par ces circonstances « Ahmed-ben-Salem tomba malade à Boghar et y mourut. Ses funérailles eurent lieu à Laghouat. Tedjini y assista, … »

Je conclue, en disant que la vie d’Ahmed ben Salem, mérite d’être repenser, ces actes et les faits auxquels il avait participé doivent être mis en valeur afin d’écarter tout équivoque sur les valeurs intrinsèques de ce chef traditionnel.

Ahmed ben Salem ne s’est jamais retiré de Laghouat pour Médéa, il y fut ramené de force par le Général de Ladmirault après le retrait de la colonne en avril 1852 et mort à Boghar certes, en mai 1852. 

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